11 juillet 2013

Tom Frager

Tom Frager

Certains clichés ont la vie dure… et les surfeurs n’échappent pas à la règle. Le commun des mortels les associe volontiers à un mode de vie insouciant, vaguement hédoniste, probablement hérité des « beach movies » californiens des lointaines sixties à base de combis WV, de fiestas nocturnes sur la plage et de naïades court vêtues – autant dire des types un peu dingues, capables de défier l’océan en quête de la vague ultime, dans tous les spots de la planète.

Même si tout ce folklore n’est plus vraiment à l’ordre du jour,  Tom Frager, grand surfeur devant l’éternel mais aussi et surtout musicien accompli, en a fait lui-même l’expérience: alors que son album Better Days, sorti en 2009, s’écoulait quelques 150.000 exemplaires porté par le succès du single « Melody » – la chanson plus diffusée sur les radios en France cette année-là – certains s’obstinèrent encore à ne voir en lui que « le surfeur qui chante » de service – une chose que nul ne songerait à reprocher, sous d’autres latitudes, à un Jack Johnson ou à un Donavon Frankeinreiter, autres champions ayant un jour troqué la planche pour la guitare.

Pourtant, voilà des années qu’elle l’accompagne, cette guitare (« J’ai commencé à en jouer en même temps que le surf, à l’adolescence » dit-il, façon de vous faire comprendre l’importance de la musique dans sa vie). Des années qu’elle et lui voyagent ensemble à travers le monde, d’abord au gré des compétitions, puis, plus tard, dans la pénombre de bars sans gloire, à l’époque où l’on rôde ses premières chansons, avec une poignée d’amis musiciens, eux aussi en rupture de surf. Difficile de décrire le rapport quasi charnel qu’on peut entretenir avec une bonne vieille guitare acoustique, ce plaisir qu’elle vous donne au moment où une mélodie vous tombe du ciel, au détour d’un arpège, d’un riff teinté de reggae. Mais peut-être n’est-il pas si lointain, au fond, que celui qu’on peut éprouver au moment où l’on a l’illusion, l’espace de quelques minutes d’une fragile éternité, de pouvoir se mesurer avec l’océan…

Aujourd’hui, les chansons sont là. Simples, ensoleillées, riches de sonorités boisées, de mélodies lumineuses. Elle s’égrennent, au fil de ce superbes Carnet de route jalonné d’émotions et de rencontres, qui semble se confondre avec une enfance vagabonde passée en Afrique, Dakar et Bamako, puis à la Guadeloupe, via une traversée de l’Atlantique. C’est là, en Guadeloupe, que Tom s’est pris de passion pour le surf, jusqu’à en devenir, au fil des années, l’une des figures emblématiques: dix fois champion local, triple finaliste au championnat de France, finaliste au championnat d’Europe,  sans oublier quelques jolies performances sur le circuit professionnel, une vie de globe-trotter, certes, mais avant tout une autre façon de s’ouvrir au monde: « C’est vrai que j’ai passé ma vie à voyager, d’abord avec mes parents, puis avec mes planches et aujourd’hui avec ma guitare, explique-t-il. Je pense que tous ces voyages m’ont ouvert l’esprit sur ce que l’Homme fait de la planète. Tout comme le surf. Selon moi, le surf et l’écologie sont indissociables. Le respect de l’océan est la base du surf. L’un comme l’autre sont peut-être devenus des « modes » mais je crois que, pour nous, il s’agit d’un mode de vie… presque une philosophie. Se lancer dans de grosses vagues demande du courage, mais aussi de l’humilité, car l’océan est toujours le plus fort, et il vous emporte en un clin d’oeil… il a emporté des amis. »

 

De cet art de vivre, en harmonie avec la nature, découleront certaines chansons exprimant, sous leurs dehors légers, les préoccupations de Tom au sujet de l’environnement. A l’image de « Planète bleue », le titre qui ouvre l’album, dont le groove cuivré vous évoque irrésistiblement l’Afrique et la Caraïbe ou de « Je tourne en rond », bâti sur une rythmique reggae, l’une des influences majeures de Tom, qui nous vaut un duo avec le grand Tiken Jah Fakoli, l’héritier  le plus radical de Marley. Tom: « Le hasard a fait que j’ai eu la chance de rencontrer Tiken Jah Fakoly en Côte d’Ivoire lors de  l’un de mes concerts. Un souvenir inoubliable car j’écoute ses disques que j’ai 14 ans. Tiken est un chanteur très engagé et j’ai eu envie de partager cette chanson avec lui. Il a accepté, à mon plus grand bonheur. »

Car dans l’univers de Tom, l’amitié tient évidemment une large place. On s’en apercevra sans peine en tournant les pages de son Carnet de Route. Au hasard des escales, on croisera aussi bien le triple champion de monde de surf Tom Curren (déjà présent sur Better Days, ici sur le titre « Fall ») que Amen Viana, le guitariste prodige venu du Togo, lui aussi bercé par la musique du grand Bob (« Tell Me Why »), ou encore l’ami Ben Mazué, l’un des talents les plus prometteurs de la nouvelle scène hexagonale (« Je tourne en rond »). Mais aussi cette bande d’amis musiciens que Tom a su rassembler autour de lui, au moment où, de retour en France, il a décidé de vivre pleinement sa seconde passion, à l’aube des années 2000. Avec  Gwayav (Goyave, en créole), Tom aura écumé tout ce que le Sud-Ouest comptait de scènes (« parce qu’on vit dans les Landes… près des vagues »), jouant et enregistrant, jusqu’à obtenir ce son de groupe, chaleureux et ciselé, qui colle si bien à « l’esprit » de ses compositions. Avec eux, il a mis en boîte cette poignée de titres qui lui tenait tant au coeur, là-bas, du côté de Saint-Jean de Luz, non loin de l’endroit il vit avant de  les mixer à Londres. « Ces musiciens sont devenus plus que des amis, des frères, dit-il encore. Et c’est ensemble que nous avançons. »

Avancer, c’est sans doute là le maître-mot de ce Carnet de Route jalonné de compositions accrocheuses chantée en français comme en anglais – au hasard « L’essentiel », « Good Man » ou encore « A l’envers », la chanson la plus rock, la plus électrique du disque. Avec en tête, encore et toujours, l’idée de s’inventer une « Nouvelle vie ». Des chansons qui vous trimballent à travers tout ce qui fait, finalement, une vie: voyages, amours, rencontres, amitiés, doutes ou coups de gueule… et qui vous laissent au final, la certitude que, n’en déplaise aux clichés façon carte postale même les surfeurs ont du vague à l’âme. D’âme, Tom Frager  n’en manque certes pas. Il suffit juste de se laisser emporter par sa musique pour s’en apercevoir.

Posté par cecemusique84_2 à 20:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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